Éducation aux images 2.1
- recherche-action -


« Usages numériques, salles de cinéma, pratiques des publics adolescents, médiation : des convergences à inventer »

Région Île-de-France 2018-2020

2. Co-conception d’actions innovantes

Le 25 Mars 2019, s’est tenue au Forum des Images à Paris, la deuxième étape de la Recherche - Action consacrée à l’éducation aux images. Plus de 80 acteurs.trices de ce champs (réalisateurs.trices, professeurs, animateurs.trices, chercheur.ses...) se sont retrouvé.e.s autour de cinq thématiques pour imaginer les actions innovantes de demain.
Cette journée articulait des moments de réflexion théorique exigeant autour de chaque thématique pour tenter de dépasser les lieux communs, les non dits et les approximations qui nuisent à la pratique. En confrontant les concepts et les expériences de terrain, des pistes de travail concrètes ont pu émerger. C’est pour que chacun puisse s’approprier ces pistes de travail que nous avons décidé de faire une restitution publique des élaborations. Ainsi, les acteurs.trices du champs ont pu se saisir des éléments résonnant dans leurs pratiques pour aller les tester sur le terrain. Cet aller-retour entre recherche et action, théorie et pratique est nécessaire dans un secteur où la sensation d’isolement des acteurs de terrain est bien prégnante

Groupe transversal : Qui sont les adolescents ancrés dans leurs pratiques ? Quelles croyances avons-nous par rapport à ce public ?

Les jeunes occupent une place centrale dans les pratiques numériques contemporaines puisqu’ils filment, publient et partagent des images au quotidien. Il apparait donc nécessaire aux actions d’éducation aux images et aux politiques culturelles de se réinventer afin de prendre en compte ces nouvelles réalités. On peut ainsi s’interroger sur les fondements des actions qui sont aujourd’hui mises en place, puisqu’on constate que ces propositions ne mobilisent que difficilement les jeunes, qui semblent déjà suffisamment rassasiés d’images et déjà pris dans des pratiques quotidiennes des médias.

Une identification de leur savoir et savoir-faire au sein de leurs pratiques et de leur construction personnelle est nécessaire. Par ailleurs, inventer de nouvelles pratiques de l’image qui les « concernent », mais surtout qui les accompagnent dans leur construction personnelle et citoyenne, ne peut s’envisager qu’au prix d’innovations dans le secteur de la médiation, en transversalité entre les acteurs et en inscription réelle dans les territoires (physiques et digitaux).

Pistes de travail

  • L’image de soi : Tomas Legon - goût, prescriptions et niveau d’exigence. Se sentir bien dans son âge et se sentir bien dans son sexe va avoir une influence sur le crédit que les jeunes donnent à leurs prescripteurs (de cinéma) mais aussi sur le public auquel ils se sentent appartenir (« films de jeunes »/ « films de vieux » - « films de garçons »/ « films de filles »).
  • Caractérisation des pratiques. Savoir et savoir-faire des jeunes. Auto apprentissage : comment le réinjecter dans des processus encadrés. Les productions personnelles des jeunes. Rapports médiateurs / jeunes : Comment mettre en place une posture horizontale ? Comment créer un rapport de confiance et de crédibilité à leurs yeux ? Comment créer un lien suffisamment fort pour être un médiateur efficace ?

Groupe 1 : L’éducation aux images contre le décrochage scolaire

Les pratiques d’éducation aux images ouvrent, à ceux qui les expérimentent, des espaces de réflexion et d’expression dans lesquelles chacun peut (se) découvrir et (se) construire. Ces espaces sont propices au public dit « décrocheur » puisque ce dernier est très souvent en marge et se caractérise par un manque de confiance et d’estime de soi.

L’éducation aux images offre ainsi de nouveaux moyens d’apprentissage, de découverte de soi, des autres et du monde. Elle apporte de nouvelles sources de motivation.

Pistes de travail

  • En travaillant sur l’imaginaire des « décrocheurs » et en favorisant leur créativité, on peut ainsi penser de nouvelles formes innovantes d’écriture et de narrativité à travers les images. Elles leur donneront l’occasion d’acquérir de nouvelles compétences telles que : la prise en main d’outils numériques et audiovisuels, l’élaboration de récits individuels et collectifs, la structuration de pensées critiques. Par ailleurs, l’image - et plus particulièrement la fabrication d’images - rend possible une distanciation en offrant de nouveaux modes d’agir pour ces jeunes.
  • Principalement basée sur une pédagogie de l’écoute et de l’échange, les expérimentations, envisagées suite à ce groupe de travail, inviteront les « décrocheurs » à devenir eux-mêmes acteurs et médiateurs de projets de création et de diffusion audiovisuelle.

Participants au groupe

Groupe 2 : La question du territoire rapportée aux enjeux de l’innovation artistique et culturelle

Comment travailler à prendre en compte, de façon collaborative, les spécificités du territoire et de son public, afin d’encourager la construction d’une identité territoriale. Le numérique, en effaçant les distances spatiales, permet aussi de développer un nouveau rapport au territoire.

En outre, il existe aussi des problématiques d’aménagement culturel du territoire, de difficulté d’accès aux équipements culturels.

Pistes de travail

  • Comment une collectivité locale ou territoriale peut-elle inventer des synergies dans les relations aux publics et entre les actions elles-mêmes ?
  • Comment penser à des ateliers en partenariat entre plusieurs villes de l’hexagone / à l’étranger ?
  • Comment favoriser une identité territoriale par le biais des pratiques d’éducation aux images ?
  • Comment mailler le territoire ?
  • Comment faire en sorte d’irriguer, à travers des actions, un territoire donné ?
  • Comment penser une triangulation lieu/public/territoire ?

Participants au groupe

Groupe 3 : Temps scolaire / hors temps scolaire

Des dispositifs scolaires d’éducation aux images sont proposés aux jeunes : Ecole et cinéma, Collège au cinéma et Lycéens et Apprentis au cinéma. Or les jeunes ont également une vie culturelle et des pratiques en lien avec le numérique en dehors du système scolaire. Des actions transversales innovantes doivent donc être pensées en termes de parcours s’appuyant sur les deux dimensions (temps scolaire et hors temps scolaire). Cela permet à un même adolescent de bénéficier à la fois de certains dispositifs à l’école et d’être dans d’autres pratiques complémentaires.

Pistes de travail

  • Sur quels types d’action s’appuyer pour élaborer ces parcours ?
  • Quelles étapes de concertation prévoir au niveau local entre tous les partenaires concernés (cinéma, lycée ou centre de formation et d’apprentissage, partenaires socioculturels, services municipaux...) et avec les différents opérateurs des dispositifs, les personnels de l’Éducation Nationale et les référents des Rectorats ?
  • Comment changer la vision de l’éducation aux images et la fréquentation de la salle de cinéma « d’Art et d’Essai » chez les jeunes qui associent souvent ces dernières avec le cadre scolaire (via les dispositifs qui leurs sont proposés) et donc, qui ne les fréquentent pas sur le hors temps scolaire ?

Participants au groupe

  • Elise Tessarech

    Directrice de l’éducation aux images et aux technologies créatives. Forum des Images.

  • Tomas Legon

    Docteur en sociologie, chercheur associé au CEMS (EHESS).

  • Cédric Barbier

    Doctorant à l’Université Paris 8 Saint-Denis sous la direction de Stéphane Bonnéry.

  • Nicolas Hans Martin

    Réalisateur de documentaires.

  • Niki Velissarropoulou

    Réalisatrice.

  • Barbara Sptizer

    Réalisatrice

  • Aymeric Chouteau

    Médiateur culturel du Cinéma L’Écran de Saint-Denis.

  • Thais De Lorgeril

    Relations publiques et communication. Cinéma Le Trianon.

  • Olivier Gouttenoire

    RMC - Réseau Médiation Cinéma.

  • Jules Salé

    Plasticien, cinéaste, comédien, concepteur d’ateliers numériques. Association Salmoisa.

  • Marie Stutz

    Directrice de la Maison du Geste et de l’Image.

  • Clara Guillaud

    Intervenante cinéma et éducation aux images / Etonnant Cinéma.

  • Marie-Sophie Decout

    Chargée de mission dispositifs nationaux d’éducation à l’image. Centre national du cinéma et de l’image animée, Service de la diffusion culturelle.

  • Philippe Troyon

    Directeur adjoint de Périphérie.

  • Thérèse Henningsen

    Plasticienne, fait de l’accompagnement scolaire.

  • Blanche Richard

    Etudiante en production cinéma et animatrice.

  • Amaury Piotin

    ACRIRA. Coordination Rhône-Alpes Passeurs d’images.

  • Lily Candalh Touta

    Coordinatrice activités pour les adolescents et formations adultes. Forum des images.

  • Isabelle Bourdon

    Conseillère Cinéma. DAAC du rectorat de Créteil.

Groupe 4 : Lieu de diffusion, lieu de fabrique, lieu de socialisation

La salle de cinéma est traditionnellement un lieu de diffusion de films. Les contenus diffusés sur l’écran évoluent (opéras, séries, jeux multi-joueurs, films amateurs...).

À l’instar des domaines de la musique, de la danse, du théâtre ou des arts plastiques qui depuis longtemps intègrent des pratiques de fabrique, de médiation et de formation au sein des lieux de diffusion eux-mêmes (pour y construire une inscription plus profonde de leurs publics), comment les salles de cinéma peuvent trouver des inspirations pour intégrer des lieux de fabrique dans leurs pratiques, et ainsi réinventer de nouvelles pratiques pour les spectateurs ?

Il sera aussi question dans ce groupe de s’interroger sur les rapports lieux de diffusion et environnement extérieur. Ce groupe a pour vocation d’approfondir les nouvelles fonctions des salles, en articulation avec les nouveaux usages et de voir comment la relation entre éducation aux images et salles de cinéma doit évoluer. C’est une réflexion qui s’est ouverte au cœur de l’exploitation elle-même depuis plusieurs années, avec le concept de “salle augmentée”. Le renouvellement des publics, l’attractivité pour les adolescents des salles de cinéma passent aussi par l’articulation des propositions des salles de cinéma et des médiathèques avec celles d’autres lieux que fréquentent les adolescents.

Enfin, il faut aussi s’interroger dans ce groupe sur les lieux de diffusion et les nouvelles constructions du spectateur. Face à la révolution numérique, on constate une évolution des fonctions de la salle de cinéma - qui va bien au-delà de la seule diffusion des œuvres cinématographiques – et des nouveaux usages des spectateurs, en particulier ceux des jeunes. En effet, à l’heure de l’accès quasi immédiat à tous les films sur les terminaux numériques personnels, pour quelle raison se déplace-t-on encore dans les salles ? Indéniablement, pour d’autres raisons que simplement voir le film : socialisation, rencontres, échanges, expérience, convivialité, valorisation des productions locales et amateurs...

Pistes de travail

  • Comment concevoir le lieu « salle de cinéma » ? Comment favoriser l’intergénérationnel ?
  • Comment mettre en lien « l’urbanité connectée » avec les propositions des salles de cinéma ?
  • Comment ouvrir les actions d’éducation au-delà du cinéma : ouverture aux pratiques de l’image contemporaines ?
  • Comment utiliser les nouvelles technologies et les nouveaux usages dans les processus d’ateliers : applications utilisées par les adolescents, réalité virtuelle, réalité augmentée...
  • Comment créer des partenariats entre les salles et les autres structures culturelles du territoire, notamment les médiathèques ?
  • Comment construire des complémentarités entre des diffusions commerciales et des diffusions non commerciales ?
  • Comment penser de nouvelles actions articulées entre la salle et le « hors les murs » ? Comment faire venir un public qui n’a pas l’habitude de fréquenter la salle ?
  • Comment une salle développe des projets communs avec différentes structures de la ville ?
  • Comment fait-on venir des « non publics » ?
  • Est-ce que les nouvelles technologies génèrent de nouvelles positions pour le spectateur en salle ?
  • Comment fait-on rencontrer l’œuvre en sortant de la posture traditionnelle ?
  • Quels nouveaux outils ou processus de médiation peuvent être élaborés pour aborder les œuvres ?

Participants au groupe

  • Didier Kiner

    Directeur de l’ACRIF, association des cinémas de recherche d’Île-de-France.

  • Stéphane Goudet

    Directeur du cinéma Le Méliès à Montreuil.

  • Danielle Bellini

    Directrice des affaires culturelles et de l’éducation populaire à Tremblay en France. Docteure en sociologie, maître de conférences politiques culturelles, Paris 7 Diderot.

  • Olivier Mitterrand

    Cinéaste en création partagée.

  • Alexia Pecolt

    Fonds DVD, Fictions, Documentaire à la Médiathèque Boris Vian à Tremblay en France

  • Caroline Carré

    Chargée de la conquête des nouveaux publics. Cinéma Le Méliès (Montreuil).

  • Natacha Seweryn

    Directrice de la programmation Avant-gardes, Festival du cinéma international de Bordeaux (Fifib).

  • Chiara Dacco

    Déléguée générale. CIP.

  • Mohand Ayad

    Cinéma Jacques Tati- Tremblay en France

  • Cécile Déroudille

    Réalisatrice, intervenante.

  • Noémie Bourdiol

    Médiatrice cinéma pour quatre salles de Haute-Vienne (87)

  • Katel Midavaine

    Directrice du Cinéma La Rotonde de Moissy Cramayel.

  • Audrey Keraudran

    Coordinatrice d’éducation aux images. J’ai Vu un Documentaire.

  • Dominique Toulat

    Directeur-programmateur du cinéma. La Ferme du Buisson, scène nationale de Marne-la-Vallée.

  • Marion Brayer

    Activités scolaires. Direction de l’éducation aux images et aux technologies créatives. Forum des images.

Groupe 5 : Mémoire, ressource, constitution d’un patrimoine, valorisation des actions

Les images produites dans le cadre des actions d’éducation aux images peuvent être investies d’une réelle utilité sociale, si on leur donne cette ambition, ce qui peut tout à fait aller de pair avec les enjeux de transmission, d’expression et de développement de la créativité. Captation d’évènements, valorisation de lieux, mémoire audiovisuelle de métiers, d’histoire, documentaires sur des sujets liés au territoire, fictions se déroulant dans des endroits signifiants...

Pistes de travail

  • Comment concevoir et mettre en œuvre des projets qui investissent les images faites par les amateurs d’une fonction patrimoniale vivante, qui participe à la constitution de la mémoire collective ?
  • Comment constituer et opérer, grâce aux innovations numériques, des plateformes de ressources : chaînes vidéo, indexation des contenus, pérennité de leur conservation, ouverture au réemploi, interopérabilité des métadonnées et des contenus ?
  • Comment diffuser plus largement les images produites en ateliers ?
  • Comment s’appuyer sur les pratiques antérieures personnelles des jeunes pour inventer de nouveaux types de pratiques pédagogiques ?
  • Par ailleurs, les actions d’éducation aux images sont peu documentées en images, et bénéficieraient aussi de vraies démarches de valorisation.

Participants au groupe