Éducation aux images 2.1
- recherche-action -


"Usages numériques, salles de cinéma, pratiques des publics adolescents, médiation : des convergences à inventer"

Région Île-de-France 2017-2022

Actions sur le terrain

A partir des élaborations des groupes de travail, des actions sont expérimentées sur le terrain, en 2019 et 2020.

Re-connaissance aux Sentes

Atelier animé par Fred Soupa

Le projet d’atelier

L’atelier artistique a pour objectif de recréer du lien à l‘aide de l’image, entre les jeunes adultes (entre 20 et 33 ans) en inactivité, marginalisés et souvent en grande précarité, et les habitants du Quartier des Sentes. Il s’agit de valoriser les savoirs individuels et collectifs de ces personnes, en les ouvrant à des récits de leur vie, en coconstruisant avec eux des traces, images corporelles, silhouettes en ombres chinoises anonymes, personnalisées, floues ou nettes, filmées, éventuellement commentées, sur le thème de la Connaissance et la Re-connaissance qu’induit l’imprécision d’une ombre. Ainsi l’image est-elle mise à contribution en qualité de signe poétique pour aider ces jeunes adultes fragilisés à investir peu à peu la représentation d’eux-mêmes, individuellement et collectivement, au sein d’un groupe puis d’une communauté.

Cet atelier s’articule avec une autre initiative dans laquelle l’équipe municipale est engagée : en contrat avec beta.gouv, elle bénéficie d’appuis opérationnels (coach, formation, instruments, accompagnement, production d’outils numériques généralisables) pour tenter de construire une solution pérenne au problème de politique publique que ces jeunes marginalisés constituent.

Fred Soupa, Isabelle Altounian et ses 5 coéquipiers, coopèrent pour expérimenter les différents outils, développer et comprendre l’enjeu de l’atelier artistique, éprouver les instruments de beta.gouv et les adapter, articuler, organiser une progression globale d’actions raisonnées et réflexives, pour le bien commun.

La diffusion des traces de cet atelier est pensée en continuité avec l’ancrage dans le territoire. Faire vivre et communiquer autour des productions sera l’objet d’une coconstruction avec le Théâtre-cinéma du Garde-Chasse, le Centre Culturel Louise Michel, la médiathèque et autres lieux de diffusions associatifs, permettant de mettre en valeur la démarche de l’atelier tant du point de vue créatif que dans un souci de transparence en vue de recréer du lien dans le quartier des Sentes.

Le déroulement

Rencontrée le 24 février 2020 en réunion à l’Espace Anglemont de la ville des Lilas, l’équipe municipale (5 personnes) ainsi que Fred Soupa insistent d’emblée sur le caractère expérimental du projet qui se construit par tâtonnements et dans l’échange critique et constructif.

"La première marche à franchir consistait à nouer le dialogue avec cinq jeunes, et la barre est haute…", précise Isabelle Altounian. Le 18 janvier 2020 avait lieu une première demi-journée collective. Fred Soupa proposait une action simple et ludique dans une installation légère. Il s’agissait de marcher d’un côté à l’autre d’un drap éclairé et tendu verticalement, un déplacement très simple, symbolique des notions d’origine, de présent et d’avenir. Un cadre de participation était posé : "Ou tout le monde ou personne", et les cinq adultes décidaient de jouer le jeu. Fred Soupa poursuivait en utilisant l’espace avant du drap (où la silhouette est très nette), en proposant d’ajouter un geste personnel au déplacement, puis un commentaire à ce geste lors de la projection collective des images. Autant de petites œuvres de soi, importantes et qui servirent d’appui à la progression de chacun dans la fabrication visuelle de son identité, dans l’adhésion au groupe.

L’atelier de Fred Soupa s’articulait en parallèle avec un volet de beta.gouv qui consistait lui, à ce moment-là, en un entretien et l’établissement d’un contrat moral avec les jeunes sur le support d’une fiche dite d’"engagement". Ainsi tentait-on de passer d’une relation d’accompagnement à l’initialisation de couples "Mentor-Jeune adulte".

Lors de cette réunion du 24 février, l’échange entre participants valorise l’atelier artistique qui "a attiré et intéressé tous les jeunes et les adultes… Le collectif, ça marche… Au-delà de l’intellect, il met en jeu d’autres sens, l’émotion… Il libère la parole, le corps, agglomère les attentions vers quelque chose de commun, de partagé… La médiation artistique est un outil énorme, une pièce maîtresse… La séance déjà faite était très bénéfique… On a vu comment les jeunes adultes étaient présents, jusqu’où ils pouvaient aller, la transmission de leur histoire aux autres…"

L’atelier artistique acquiert sa légitimation et sa place entre tous les outils mis en œuvre. Mais il n’est pas le seul moyen d’engager une évolution des marginalisés et la gamme d’outils de beta.gouv (accroche et suivi des jeunes adultes dans le quotidien et dans leur désir d’avenir) soulève d’autres réflexions.

Dans un pur esprit de recherche, d’accommodation et de co-construction, l’équipe s’accorde sur le principe d’horizontalité proposé par Fred Soupa, principe qui pourrait se concrétiser par un mentorat souple plutôt que terme à terme, certes moins affectif mais plus réalisable, par l‘installation d’une permanence régulière dans un lieu identifié, tenue en partage par les adultes de l’équipe "tous perfectibles et compétents", y compris l’artiste Fred Soupa. Les fonctions de chacun ainsi globalisées et égalisées, l‘équipe pense consolider confiance et échanges.

Une prochaine rencontre collective est décidée et élaborée pour le 4 mars 2020. Une troisième pour le 1er avril 2020 au Centre Culturel Louise Michel entre 13h et 16h. L’atelier artistique ne sera pas indépendant mais organisé en complémentarité avec les instruments de beta.gouv.

Les paroles ou écrits (fiches d’engagement, par exemple) produits par les marginalisés fourniront le matériau de l’atelier artistique, dans l’éthique et la dynamique du "don / contre-don". En effet, ce qui est déjà donné par les jeunes adultes rencontrera ainsi systématiquement un retour, et fera l’objet d’une transformation en une expression, artistique, poétique, filmique.
La seconde ligne forte de l’atelier reposera sur sa fonction de mémoire. Les traces audiovisuelles se nourriront du ressenti, reflèteront le vécu de ce qui s’est passé précédemment dans le projet pour chacun des marginalisés. Ce mécanisme réflexif peut provoquer adhésion, appropriation, rapprocher tous les actants du projet et servir sa communication.

La seconde rencontre collective a donc eu lieu le 4 mars. Au programme, la constitution de binômes entre un acteur local et un jeune adulte. Un premier binôme avait été créé en amont, avec déjà quelques difficultés de ponctualité. Beaucoup d’attentes pesaient donc sur l’extension du maillage Mentor/Jeune adulte, et les perspectives d’un chemin à élaborer ensemble.
L’attente fut longue, les jeunes adultes peu nombreux mais très mobilisés. Deux binômes ont été constitués donnant lieu a des entretiens individuels très forts et profonds, permettant de mieux jauger l’état psychologique, les besoins et attentes mais surtout la situation sociale, familiale et professionnelle de chacun. Et de se rendre compte de l’urgence à agir ! Fred Soupa a proposé, à l’issue de chaque échange (non filmé), de recueillir, toujours en silhouette, les ressentis de chaque duo, proposant une parole libre autours de la notion de trace.

Rapport aux attendus

Le climat d’ouverture, de dialogue et l’engagement régnant dans le groupe de pilotage permet la coopération entre tous, indifféremment aux statuts et aux structures mères. L’action va vers son public, défavorisé, en tenant compte de ses spécificités. Elle expérimente, ajuste et coordonne tous les outils en jeu, dont l’atelier artistique, qui fait la preuve de sa qualité d’adaptation et de sa force socialisante.