Éducation aux images 2.1
- recherche-action -


"Usages numériques, salles de cinéma, pratiques des publics adolescents, médiation : des convergences à inventer"

Région Île-de-France 2017-2022

Synthèses des groupes de travail

Le 25 mars 2019 au Forum des images, les groupes de travail ont élaboré, pendant une "journée marathon", des réflexions et projets innovants, fondements des actions qui seront expérimentées. Voici les synthèses écrites de leurs élaborations.

Synthèse réalisées grâce à la contribution de Sonia Winter, doctorante-chercheuse en art vidéo et psychanalyse.

Groupe 3 : Temps scolaire / hors temps scolaire

Groupe animé par Lily Candalh Touta (Forum des images).

Synthèse de la journée

Le groupe était constitué de participants d’horizons très divers, entre représentants d’institutions publiques ou culturelles, personnels de salles de cinéma, enseignants, membres d’associations d’éducation aux images, artistes, chercheurs… pour lesquels les enjeux de cette thématique “temps scolaire / hors temps scolaire” se posaient souvent différemment.
Les questionnements ont beaucoup porté sur les lieux concernés : où se déroule l’éducation aux images sur le temps scolaire et sur le hors temps scolaire ? Quel est le rôle de la salle de cinéma ? Ainsi que sur les contenus des dispositifs et des projets qui doivent s’adapter à leur contexte en temps scolaire (souvent des classes entières, public “captif”, les règles de l’école s’appliquent, etc.) ou hors temps scolaire (public volontaire, souvent moins nombreux…).
Les dispositifs nationaux, Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma, touchant massivement les élèves sur le temps scolaire, ont également beaucoup occupé les échanges.
De façon récurrente a également été discutée la mise en place d’actions pensant ensemble le voir et le faire.

Trois axes de réflexion ouvrant sur des pistes de travail ont été développés en sous-groupes par les différents participants (mais le temps imparti n’a pas permis la formalisation de propositions d’actions concrètes) :

  • Un 1er axe de réflexion a porté sur la formation continue des adultes travaillant avec les publics adolescents ; ainsi que la “formation des formateurs” qui peuvent parfois être perçus par les stagiaires comme éloignés des réalités de terrain (hors il est bien évidemment primordial que les formateurs témoignent d’une bonne connaissance des publics adolescents et des professions liées à ces publics).
    Les participants du groupe de réflexion sur les formations ont notamment discuté des formations liées aux dispositifs nationaux Collège au cinéma et Lycéens et apprentis au cinéma. Une des problématiques soulevées concerne les moyens mis à disposition pour prolonger en classe la réflexion entamée en formation et la mettre en application par des actions pédagogiques concrètes avec les élèves. D’autre part, comme souvent au cours de la journée, il a été question de mettre en place des projets qui lient le voir et le faire, qui travaillent ensemble la pratique artistique et l’analyse d’images. Mais le nombre de participants sur ces stages et, de ce fait, l’hétérogénéité des profils, rend difficile la mise en place de modules de formation consacrés à la pratique, posant de nouveau la question des financements et des moyens mis en œuvre dans ce cadre.
    Il a enfin été question, plus globalement, de l’ensemble des formations s’adressant à des professionnels de l’éducation et de la médiation : enseignants d’une part, médiateurs et animateurs d’autre part, avec ce constat que les formations ont tendance à être plus théoriques dans le 1er cas et plus pratiques dans le 2nd. L’idée serait donc de réfléchir à des formules mixtes en termes de contenus mais aussi de publics concernés par ces formations.
    Un des enjeux est en effet de clarifier le rôle et la légitimité de chacun dans cette “chaîne” de l’éducation aux images, sur le temps scolaire et le hors temps scolaires, en fonction des projets et des lieux concernés : de l’établissement scolaire à la salle de cinéma (notamment - mais d’autres espaces peuvent entrer en jeu), entre les enseignants, les médiateurs, animateurs, intervenants professionnels...
  • Le 2ème axe de réflexion s’est concentré sur la question des dispositifs et projets d’éducation aux images déjà existant au niveau local ou national. Le premier constat est celui d’un cloisonnement important entre temps scolaire et hors temps scolaire qui répond à un cloisonnement entre les professions et les lieux impliqués (cf. axe de réflexion précédent). Une des premières pistes de travail porte donc sur la mise en place d’actions pour rendre plus perméables entre elles les différentes pratiques liées aux différents temps de la journée / semaine dans différents lieux. Un moment adéquat pour cela peut être le temps périscolaire dans les collèges et lycées. Par exemple, dans le cadre de l’ouverture à d’autres domaines professionnels en milieu scolaire - ce que peut permettre l’éducation aux images -, faire intervenir des intervenants extérieurs sur les pauses méridiennes en s’appuyant sur les ressources des lieux culturels, centres d’animation, MJC... par la construction de partenariats.
    Toujours en lien avec l’axe de réflexion précédent, le rôle de chacun dans la transmission de savoirs et la légitimité de la parole des différents acteurs (notamment entre les enseignants et les personnels des salles ou les intervenants professionnels) ont également été discutés par les participants de ce groupe de réflexion. Avec une question complémentaire : celle de la parole de l’adolescent et de son point de vue dans la réception et l’analyse des œuvres. A nouveau, l’enjeu primordial du lien voir / faire a été abordé avec l’ambition de rendre les publics adolescents concernés plus autonomes et responsables, en particulier sur le temps scolaire où ils sont “captifs” (alors qu’ils sont volontaires sur le hors temps scolaire). L’ambition étant que le désir de cinéma vienne d’eux.
    En conséquence, un dernier point a été abordé concernant cette fois la question de la communication sur les dispositifs et les projets d’éducation aux images proposés : communication auprès des enseignants et autres relais adultes bien sûr mais aussi, et surtout, communication directement auprès des publics adolescents. Comment s’adresser à eux (concernant notamment les activités liées à la pratique artistique) pour que ces propositions fassent sens et qu’ils deviennent eux-mêmes prescripteurs ?
    L’accent est donc mis sur l’importance de développer des dispositifs et projets où peut être assuré un va-et-vient constant entre le voir et le faire, dans le but d’amener les publics concernés à développer une pensée consciente face aux images et à enrichir leurs propres pratiques en allant vers autre chose, dans une logique d’horizontalité et non plus de verticalité. Une dernière question est ainsi posée sur la possibilité d’impliquer les adolescents dans le choix des films montrés au sein des dispositifs nationaux.
  • Le 3ème et dernier axe de réflexion a abordé le lieu de la salle de cinéma et ses évolutions possibles. Dans ce cadre, la question de la communication directe auprès des adolescents se pose également, en lien avec le 2ème axe de travail.
    Les participants de ce troisième sous-groupe se sont notamment interrogés sur la plus-value de la salle dans le domaine de l’éducation aux images et dans le rapport développé par les jeunes au cinéma. Cette question est centrale dans un contexte où sur le temps scolaire, le cinéma est associé à la salle d’Art et d’Essai, perçue comme un autre territoire de l’école, son extension, et où sur le hors temps scolaire, les publics adolescents fréquentent plus spontanément les multiplexes pour aller voir des films. Que peut apporter la salle d’Art et d’Essai par rapport aux multiplexes ? Des premiers éléments de réponse portent sur l’expérience esthétique d’un film : la qualité de sa réception, le développement d’un questionnement personnel par rapport aux œuvres… pour arriver chez les publics adolescents au plaisir esthétique spécifique que procure le cinéma.
    Le rôle des médiateurs dans les salles apparaît ainsi essentiel : présents à la fois sur le temps scolaire et le hors temps scolaire, ils peuvent contribuer à faire le lien entre ces deux temporalités de la vie des adolescents et redéfinir la salle autrement que le lieu où l’on va voir les films dans le cadre de l’école.
    Il s’agit d’amener les jeunes vers une double appréciation de la salle d’Art et d’Essai, avec, en corollaire, permettre l’appropriation du lieu : il y a certaines règles qui s’applique sur le temps scolaire qu’il faut essayer de briser hors temps scolaire. Les actions à mettre en place devraient donc porter sur l’accompagnement de la programmation mais aussi sur les contenus programmés : faire de la place aux pratiques amateurs, par exemple en avant-programme de séances ou dans cadre de restitution de projets, ou encore développer les ateliers de programmation ou toutes autres initiatives permettant au public de s’approprier la programmation d’un lieu.